Le « barré rouge » est le nom donné à un document qui était produit par l’administration française suite à la réception nationale par type d’un véhicule. Je parle au passé car depuis la mise en place de l’homologation européenne (1993), il n’y a plus de réception par type (aussi appelée RPT), en tout cas plus aucune sur les véhicules de catégorie M1. Ce document porte ce nom car il est barré dans la diagonale d’un trait épais rouge.
Ce document, qui fait une page recto verso, reprend une description relativement détaillée du véhicule, le procès verbal de réception par type (appelé aussi PV de RPT) et enfin une partie réservée à l’importateur, appelée certificat de conformité, qui permettait à ce dernier de renseigner les informations spécifiques d’un véhicule correspondant au type de véhicule homologué. Ce certificat est ensuite utilisé par l’importateur ou le propriétaire pour faire immatriculer le dit véhicule. Le « barré rouge » est en quelque sorte une synthèse de la procédure d’homologation.
Ce document est important car il permet à une DREAL de réaliser une attestation d’identification pour un véhicule correspondant à un type de véhicule ayant fait l’objet d’une RPT. L’attestation d’identification est le document qui sert de preuve de conformité dans la démarche d’immatriculation.
Basiquement une attestation d’identification reprend les informations techniques utiles pour l’établissement de la « carte grise » (le nom officielle est certificat d’immatriculation), c'est-à-dire les poids, la puissance fiscale, le niveau sonore,… Ces informations sont présentes dans la partie description détaillée du « barré rouge ». L’attestation reprend également le numéro de réception, également présent dans le « barré rouge », cette fois-ci dans la partie PV de RPT.
Le « barré rouge » est utile aussi pour l’inspecteur de la DREAL car il permet de savoir si le véhicule présenté par le propriétaire est bien du type qui est décrit dans le « barré rouge ». Pour se faire, il est indiqué dans la partie PV de RPT, le numéro à partir duquel est valable le PV de RPT. Ce numéro est un numéro de châssis ou VIN (Véhicule Identification Number) simplifié, dans le sens où la partie du VIN dédiée à la description du véhicule, cette partie est appelée VIS, ne fait pas apparaître les caractères spécifiques à l’identification du véhicule, c'est-à-dire le numéro de série. L’inspecteur de la DREAL vérifie donc que les WMI et les VDS de chaque VIN (celui du PV de RPT et celui du véhicule) sont identiques et que le VIS du véhicule est « supérieur » au VIS du PV de RPT. Pour simplifier le truc, il vérifie que le véhicule du propriétaire est postérieur à celui du PV de RPT.
Ces « barrés rouges » sont donc extrêmement utiles pour une démarche d’importation, car ils permettent de vérifier que le véhicule qu’on souhaite acheter a fait l’objet d’une RPT en France mais aussi à l’inspecteur de la DREAL pour faire l’attestation d’identification.
Chaque barré rouge est conservé par l’importateur et/ou le constructeur mais également par l’administration française. A l’époque de la série S, il n’est pas certain que les importateurs français aient transmis ces documents à TVR. Et même s’ils ont été transmis, ils ont du disparaître comme de nombreux autres documents au moment de la revente de TVR à Nikolaï Smolenski (connu aussi sous le nom de Bobby la pointe) en 2006-2007. Enfin je ne pense pas qu’ils soient perdus pour tout le monde, ils doivent être dans un carton rangé quelque part dans un grenier ou une cave d’une maison de la campagne de Blackpool. Pour les « barré rouge » importateur, ils doivent être quelque part ou ont été détruit. Le barré rouge de la S1 est l’un des rares qui nous soit parvenu.
Voilà pour ce qui est des « barrés rouges » conservés par les importateurs ou le constructeur. Pour ceux de l’administration française, leur vie est pour le coup plus clair. Ils sont au Centre Nationale de Réception des Véhicules (CNRV) à Montlhéry à côté du centre de tests de l’UTAC. Par contre pour y accéder il faut montrer « patte blanche », c'est-à-dire être le constructeur ou le représentant du constructeur (l’importateur en gros). Il est possible qu’au bout de 30 ans ces documents ou une copie soient transmis à la FFVE mais pour le coup ils sont inutiles dans la démarche d’importation puisqu’on passe alors par l’attestation de datation faite par la FFVE.
En ce qui concerne la série S, et je vais parler au conditionnel, à priori tous les modèles commerciaux (S1, S2, S3, S3C, S4) auraient fait l’objet d’une réception par type faite par les importateurs français de l’époque (et oui il y en a eu plusieurs). Je ne peux pas l’affirmer avec certitude mais il y a des éléments qui le laissent penser que c’est le cas. Le problème c’est : « A partir de quel numéro de châssis pour chaque modèle commerciaux, la réception par type est elle valable ? » Et là, excepté la S1, pour les autres modèles commerciaux on ne sait pas.
Plusieurs solutions s’offrent à vous :
- La première consiste à partir en quête de ces « barrés rouges ». Cette aventure pourrait vous entraîner au fin fond de la campagne anglaise sur les traces d’un constructeur anglais totalement barge ou au fin fond de nos contrées sur la piste d’un importateur un peu fou-fou. A n’en pas douter, vous ferez des rencontres plus intrigantes les unes que les autres avec des passionnés des Blackpool Rockets. Le chemin à parcourir sera long, semé d’embuches, digne des plus belles quêtes légendaires (l’arche perdue, le graal, la toison d’or,…), il vous faudra vous surpasser en faisant appel à toute l’oblativité de votre ipséité mais si d’aventure vous y arrivez, vous pourrez clamer haut et fort, en plus d’avoir vécu quelque chose d’unique : « Je l’ai fait ». Sans compter que vous pourrez nous conter votre voyage, le tout agrémenté de photos, faire un livre que les passionnés de roadster « so british » s’arracheront. Et, sait-on jamais, peut être que les plus grands réalisateurs d’Hollywood se presseront à votre portillon pour vous implorer de leur céder les droits afin de réaliser un blockbuster qui vous emmènera tout droit à la cérémonie des Oscars ou au festival de Cannes. Elle (je parle de l’aventure) pourrez aussi vous amener à attaquer en force, mais avec subtilité, le CNRV afin de mettre la main sur le trésor précieusement conservé dans un coffre fort totalement inviolable. Vous découvrirez alors les plus grands secrets de cette vénérable institution qu’est le CNRV et vous deviendrez l’égal de Jesse James, Billy the Kid ou encore Robin des bois. Je ne doute pas un instant que vous trouverez nombre de compagnons d’armes parmi les membres de ce forum pour vous aider dans ce raid, digne de la prise de la Pointe du Hoc, le 6 juin 1944. Voilà, plein d’aventures palpitantes, à vous de voir si vous avez plus une âme « Indiana Jones » ou « James Bond », voir « Rambo ». En tout cas si vous y arrivez, je pense qu’on se cotisera tous ici pour vous dresser une statue.
- La deuxième est simple : Quitter la France et s’installer en Angleterre. Là pourrez gouter au plaisir du roadster, le vrai, le seul, l’unique, vous pourrez le savourer jusqu’à la moelle épinière, en dégustant votre meilleur cognac au volant de votre belle dans votre jardin ou en vous baladant sans fin dans ce pays « libre », évidement le tout en étant Top Down, surtout quand il pleut. Vous pourrez également vous rendre sur le haut des falaises de Douvres et, fièrement debout dans votre roadster, vous pourrez faire un doigt d’honneur à Napoléon accompagné d’une interjection dont seul nos amis anglais ont le secret : « F..k Y.u » (de toute façon Napoléon ne vous verra pas puisqu’il tourne le dos à la mer).
- La dernière, malheureusement moins romantique et trépidante que la première et moins radicale que la deuxième, a l’énorme qualité d’être particulièrement ennuyeuse voir énervante. Elle va vous faire découvrir les affres de l’administration française, une des plus redoutables qu’est jamais connue notre planète. Vous allez avoir une « grosse » impression de déjà vu (je dis cela parce que j’imagine que votre expérience de la vie, et donc de notre administration, est au moins aussi importante que le nombre de poils blancs qui ornent votre heaume). Vous regretterez alors de ne pas avoir opté pour l’un des 2 premiers scénarios. Elle consiste à récupérer auprès du propriétaire de la série S que vous convoitez, le numéro de châssis et la date de première mise en circulation. Muni de ces précieuses informations, il faudra appeler la DREAL pour vérifier s’ils peuvent vous faire une attestation d’identification pour cette série S, en supposant qu’ils savent ce que c’est et qu’ils aient envie de se plonger dans les archives du CNRV. S’ils disent oui, vous pouvez y aller, s’ils disent non, il faut trouver une autre série S ou alors trouver une autre DREAL ou alors quitter la France en abandonnant femme et enfants pour se rendre de l'autre côté de la Manche.
Si vous voulez plus d'infos sur la série S, vous pouvez regarder ce topic :
viewtopic.php?f=10&t=2923
En espérant que vous allez concrétiser votre rêve
